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23.02 – 11.05.2014

 

ANTI-NARCISSE

Avec Kenneth Anger, Alain Della Negra & Kaori Kinoshita,
René García Atuq, Yann Gerstberger, Kapwani Kiwanga, Seulgi Lee, Basim Magdy, Daniel Steegmann Mangrané. Et une contribution de Bernardo Zabalaga et Santiago García Navarro.

 

Commissariat : Elfi Turpin

 

VERNISSAGE BRUNCH DIMANCHE 23 FéVRIER à PARTIR DE 11H30

 

 

 

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Comment observer une chose depuis le point de vue de la chose observée ?

L’Anti-Narcisse, dont nous empruntons ici le titre, est un livre, qui à force d’avoir été imaginé par son potentiel « auteur », l’anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro, a fini par ne pas exister. Cet ouvrage imaginaire aurait pour enjeu principal de répondre à la question suivante : que doit conceptuellement l’anthropologie aux peuples qu’elle étudie ? Viveiros de Castro préfère y répondre en écrivant sur ce livre invisible « comme si d’autres l’avaient écrit » et en publiant les Métaphysiques Cannibales*. Il y engage notamment une théorie-pratique anthropologique qui se ferait avec les outils conceptuels des peuples étudiés, et non plus avec les outils traditionnels de notre pensée occidentale, et de son gourou Narcisse, « qui à force de se regarder dans l’Autre, c’est-à-dire de voir toujours le Même dans l’Autre – de dire que sous le masque de l’autre c’est « nous » qui nous contemplons nous-mêmes- , finit (…) par ne s’intéresser qu’à ce qui nous intéresse, à savoir nous-mêmes.**» Au contraire, faire de l’anthropologie avec les styles de pensée du milieu envisagé suppose de remplacer la relation entre sujet connaissant (l’ethnologue par exemple) et objet connu (un peuple), par une relation entre deux sujets producteurs de connaissance, en demandant aux « objets » ce qu’ils pensent et en pensant depuis leurs perspectives. L’objet d’étude redevient un sujet, sujet à travers lequel nous modifions nos modes de pensée afin d’accéder à sa réalité.

Viveiros de Castro travaille avec la pensée amazonienne. De cette pensée émerge les notions de multinaturalisme et de perspectivisme amérindien. Ces deux concepts renversent le modèle occidental nature-culture qui veut qu’il y ait une nature et des cultures. A l’inverse, en Amazonie, tous les êtres partagent une même humanité « culturelle » qui peut prendre différentes formes « naturelles ». Une culture, des natures. Une humanité, des corps. Cette humanité est en effet capable de transformation, c’est-à-dire de prendre de multiples formes humaines et non humaines, et d’en adopter les perspectives spécifiques. Le multiculturalisme, et ses impasses, laissent ainsi place au multinaturalisme et à son perspectivisme.

Et le perspectivisme c’est pratique. Et c’est pratique bien au-delà de l’anthropologie. Imaginons alors déplacer le perspectivisme dans le champ de l’art. Imaginons une exposition qui redistribuerait les relations entre le spectateur, l’œuvre et l’artiste, entre le sujet et l’objet ; une exposition où les spectateurs ne regarderaient plus les œuvres comme des objets dans lesquels ils essaieraient de se reconnaître, mais comme des formes de pensée produites par des artistes dont ils tenteraient d’endosser les multiples points de vue. Imaginons que les artistes eux-mêmes ne produiraient plus d’objets mais des formes motrices, dont ils emprunteraient les dispositifs et les régimes conceptuels aux milieux depuis lesquels ces oeuvres prendraient corps et parleraient, comme si d’autres les avaient conçues. Cette exposition ne dirait rien sur le livre invisible, ni sur le livre visible, ni sur le perspectivisme, ni sur l’anthropologie, mais elle respirerait le même air. Les artistes, les auteurs et les intervenants, qui y prendraient part, ne connaitraient peut-être pas ces ouvrages, mais ils pratiqueraient l’échange de perspectives et l’absorption de points de vue. Ils produiraient une écriture en transformation, équivoque et sans identité fixe. Ils travailleraient à l’élargissement de la réalité.

* Eduardo Viveiros de Castro, Métaphysiques Cannibales, PUF, Coll. MétaphysiqueS, 2009
** Op. cit., Patrice Maniglier, p. 5.


 

 

 

Les rendez-vous :


15/16.03 à 16h
Week-end de l’art contemporain
Le samedi : visite commentée de l’exposition
Le dimanche : visite commentée de l’exposition et rencontre avec Seulgi Lee

8.04 à 19h
Conférence de Bertrand Prévost
Bertrand Prévost est maître de conférences en histoire de l’art et esthétique, au département d’arts plastiques de l’Université Michel de Montaigne – Bordeaux 3. Il a notamment publié La peinture en actes. Gestes et manières dans l’Italie de la Renaissance, Actes Sud, 2007 ; Botticelli. Le manège allégorique, Ed. 1 :1, 2011 ; Peindre sous la lumière. Leon Battista Alberti et le moment humaniste de l'évidence, Presses Universitaires de Rennes, 2013. Il conçoit au CRAC Alsace une conférence inédite autour de l’idée de maniabilité ou de technicité possible de la théorie. Peut-on manier des concepts comme on manie des plumes ?

11.05 à 16h30
Lecture performée de Kapwani Kiwanga

 

 

 

 

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